La scène est désormais classique. Un week-end de printemps, une manifestation dégénère. D’un côté, des vitrines de centre-ville qui volent en éclats, des stocks de baskets pillés avec l’enthousiasme d’un Black Friday, et du mobilier urbain réduit à l’état de confettis. De l’autre, un service d’ordre débordé et un ministre de l’Intérieur qui promet, la main sur le cœur, la plus grande fermeté depuis les croisades…
C’est là que le citoyen lambda, assis devant son journal télévisé, contemple sa facture de franchise d’assurance et se pose la question métaphysique qui fâche : mais quand est-ce qu’on va casser les casseurs et piller les pilleurs ? Un juste retour de situation, non ?
Imaginons un instant la scène :
On inverse enfin les rôles. L’honnête travailleur, exténué par trente ans de prélèvements obligatoires et de services publics en kit, débarque à son tour chez les casseurs. Pas pour leur confisquer trois malheureuses figurines ou pinailler sur la TVA de leurs canettes de soda — soyons sérieux ! Non, il vient récupérer l’équivalent de sa vitrine en téléviseurs écran géant, siphonner le carburant du scooter et repartir avec l’électroménager dernier cri pour compenser les dégâts !
Pourquoi cette asymétrie permanente ? Pourquoi le voyou bénéficierait-il d’un totem d’impunité, tandis que l’honnête citoyen devrait se contenter de payer les pots cassés en silence ?
Le « juste retour de situation » aurait pourtant une sacrée allure. Voir les rôles s’inverser, ne serait-ce qu’une après-midi, offrirait une thérapie collective inestimable. En attendant que la justice immanente s’en mêle, le contribuable continue de regarder le spectacle… mais l’idée de la revanche fait doucement son chemin.