1,5 million d’euros pour étudier le rire des femmes : quand Bruxelles subventionne le foutage de gueule !

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Accrochez vos ceintures et sortez les chronomètres à chatouilles : l’Union européenne vient de libérer la modique somme de 1,5 million d’euros pour répondre à une énigme qui tenait les hautes instances scientifiques mondiales éveillées la nuit : les femmes riaient-elles entre le XVe et le XVIIe siècle, et surtout, est-ce qu’on avait le droit d’en rire ?

Rabelais avait un train de retard (et pas qu’un peu)

« Le rire est le propre de l’homme », proclamait fièrement François Rabelais, ce grand connaisseur en bonne chère et en pantagruélisme textuel. Une formule magnifique, passée à la postérité, mais qui contenait un petit angle mort gros comme le nez de Cyrano : quid de la moitié de l’humanité restante ? Oubliées, éclipsées, assignées au sourire discret ou à la componction de rigueur ? C’est de ce constat, délicieusement vertigineux, que surgit le projet LaughtHER, porté avec brio par Erica Ciccarella, chercheuse au Centre d’Études Supérieures de la Renaissance (CESR) – unité mixte de l’université de Tours et du CNRS.

Grâce à une bourse d’excellence du Conseil européen de la recherche (ERC) – décrochée haut la main au milieu d’une arène ultrasystémique où plus de 4 800 projets se disputaient la manne financière – notre intrepidante chercheuse va pouvoir décortiquer cinq siècles de grivoiseries, d’humour subversif et de rigolades féminines passées sous silence. Cinq ans d’enquête, une équipe internationale de post-docs spécialisés en littérature italienne, en arts du spectacle, un ingénieur informatique (oui, un ingénieur pour cartographier le gag d’époque, s’il vous plaît) et un comité scientifique international (Advisory Board). Rien que ça ! De quoi donner des sueurs froides aux derniers inquisiteurs persuadés que l’Histoire s’est écrite sans une seule vanne bien sentie de la part des dames.

Quand la science se penche sur la glotte des belles d’autrefois

Chez Socioclown, saluons l’événement comme il se doit : c’est un grand jour pour la pataphysique et un soulagement immense pour le contribuable européen. Enfin un sujet qui nous sort des arcanes technocratiques de Bruxelles pour plonger dans les tréfonds de la glotte Renaissance.

car avouons-le, l’idée de mobiliser un aréopage de chercheurs internationaux pour auditer le volume des esoussements féminins sous les pourpoints de la période moderne a de quoi réjouir le satiriste. Imaginez la scène dans les laboratoires du CESR : des chercheurs penchés sur des manuscrits poussiéreux, loupe à l’œil, cherchant désespérément la trace d’un bon mot ou d’un sarcasme échappé d’un salon florentin.

  • « Regarde, Jean-Michel, ligne 42 : la duchesse a pouffé ! »

  • « Attends, ne t’emballe pas, c’est un rire courtois ou une quinte de toux ? Passe-moi l’ingénieur informatique pour analyser la fréquence spectrale de l’onomatopée ‘eheg’ ! »

Pendant que certains s’échinent à chercher des solutions géopolitiques ou climatiques avec des bouts de ficelle et des budgets de fin de mois, l’Europe investit massivement pour savoir si Marguerite de Valois préférait l’humour absurde ou la satire au vitriol. C’est beau, c’est grand, c’est la diplomatie culturelle par le zygomatique.

Le grand plan machiavélique de LaughtHER

Ne soyons pas mauvaise langue (ou alors, faisons-le avec panache). Au-delà du vernis comique, ce projet met le doigt sur un impensé historique massif : l’histoire du rire a longtemps été écrite par des hommes, pour des hommes, posant le sérieux comme norme masculine et la légèreté comme suspecte – quand elle n’était pas purement et simplement réprimée. En exhumant les textes, les pièces de théâtre et les écrits de femmes qui maniaient l’ironie à l’époque moderne, Erica Ciccarella et son équipage s’attaquent à une forteresse patriarcale bien ancrée : le monopole du canon comique.

Car oui, les femmes écrivaient, créaient, subvertissaient l’ordre établi à grand coup de plumes acérées, mais les manuels scolaires ont eu tendance à les ranger au rayon des accessoires de mode ou des égéries mélancoliques. Avec LaughtHER, on change de registre : on passe du mélo larmoyant à la baston verbale. On réhabilite celles qui, loin d’attendre sagement qu’on leur conte une bluette, savaient manier l’art du soufflet textuel.

Vers une république universelle du gag ?

Alors, que faut-il retenir de cette fabuleuse dotation de 1,5 million d’euros ? Que l’Union européenne a enfin compris que pour détendre l’atmosphère continentale, rien ne valait une bonne session d’archéologie du rire comparé.

Nous trépignons déjà d’impatience à l’idée de lire les conclusions de ce titanesque travail. Est-ce que le rire de la marquise de Sévigné s’exportait mieux que celui de Lucrèce Borgia ? Les farces de la commedia dell’arte étaient-elles plus drôles vues de profil ou de face ? L’ingénieur informatique va-t-il réussir à créer l’algorithme du « LOL » transalpin du XVIe siècle ?

Une chose est sûre : si l’humour est la politesse du désespoir, le financer à hauteur de plusieurs millions est la preuve suprême que la recherche académique sait encore rire d’elle-même. Et ça, c’est franchement hilarant.

Et vous, chers lecteurs, étiez-vous au courant que vos aïeules rigolaient en cachette pendant que les hommes refaisaient le monde ?

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