À cinquante ans, l’homme moderne ne vieillit pas : il empile les bracelets ridicules autour du poignet. Oubliez la crise de la cinquantaine classique en cabriolet rouge ou en maîtresse italienne hors de prix. Non, le nouveau combat contre l’horloge biologique se joue au poignet droit.
L’individu cible coche toutes les cases : cadre supérieur en open space, chemise blanche impeccable, mais arborant une véritable quincaillerie de festivalier égaré dans un comité de direction. À son bras, ce n’est plus un membre, c’est un carrefour culturel.
On y croise un bracelet brésilien fluo offert par sa nièce en 2012, du cuir tressé « esprit aventurier du périph », des perles en bois du Larzac, et, clou du spectacle, une ancre marine couleur chrome prête à appareiller pour Saint-Malo.
Pourquoi une telle exubérance ?
C’est le cri silencieux du corporate en détresse. Le costume pèse, le bilan trimestriel opprime. Alors, pour prouver au monde qu’il est resté un grand adolescent rebelle – bien qu’il hésite encore entre le RER A et le RER B –, le cadre supérieur s’autoproclame surfeur des mers du Sud. Chaque perle est une larme de nostalgie pour ses vingt ans, chaque nœud brésilien un barrage contre la calvitie naissante.
À ce stade, aucune étude scientifique ne valide ce syncrétisme joaillier, mais le constat pique les yeux. Entre deux réunions sur la synergie des process, notre trentenaire attardé fait tinter son bracelet en acier inoxydable comme un chat errant.
Alors, osons la question qui fâche les comités de direction : et si le bracelet masculin n’était pas le symbole de la coolitude, mais le totem désespéré d’un naufrage stylistique ? Courage, encore deux perles et tu as le droit à ta carte de résident permanent à Woodstock.
Et puis, le ridicule ne tue pas…