C’est le chantier le plus fou depuis la construction du Canal du Midi : sous l’égide de l’Agence Française de Développement (AFD) — d’ordinaire plus habitée par la construction de ponts au fin fond du Sahel —, un plan de désenclavement massif des campagnes françaises a été validé. Objectif principal : relier directement Saint-Jean-du-Doigt (Finistère) à Montcuq (Lot).
Porté par un sursaut de lucidité post-confinement et une volonté farouche de lutter contre la désertification de nos plus beaux patelins, ce projet pharaonique vise à doper la scolarisation, faciliter le transport de produits laitiers et redonner du pouvoir d’achat au bétail.
Mais un tel trait de crayon sur la carte de France ne fait pas l’unanimité.
Entre courroux écologique et urgence existentielle
Du côté des opposants, la colère gronde. Sandrine Rousseau est d’ores et déjà montée au créneau :
« Il faudra me passer sur le corps avant qu’un projet aussi destructeur pour la biodiversité et le bilan carbone des vers de terre ne voie le jour ! Le bitume est une construction patriarcale ! »
Une opposition farouche qui fait bien rire Henri, un doyen de Saint-Jean-du-Doigt, accoudé au comptoir du seul bistrot du village :
« Ça fait des années qu’on se fait chier ! Ici, c’est le trou du cul du monde, il ne se passe rien, à part un concours de lancer de bouse tous les 14 juillet. S’il faut une route pour aller voir les copains dans le Lot, banco ! »
Du côté de Montcuq, l’enthousiasme est total. Le maire, ravi, ne cache pas sa joie :
« On répète à nos jeunes de se bouger le cul pour trouver du travail. Et là, pour une fois qu’ils sont à deux doigts d’y arriver, on ne va pas faire les difficiles ! D’ailleurs, le conseil municipal a voté ce projet à 32 doigts… euh, pardon, 32 voix pour et 3 contre. »
Des premiers coups de pioche imminents
Si les procédures administratives ont failli caler sur un problème de sémantique, les premiers engins de chantier et pelleteuses de terrassement doivent officiellement faire leur entrée mi-octobre dans la zone de Montcuq. Les automobilistes sont invités à s’armer de patience, de GPS topographiques et de sacs de survie pour les 900 kilomètres de traversée rurale qui les attendent.
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